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Les origines de la crèche - discours d’une fondatrice.

"Le collectif était au départ un groupe de 5 familles qui se retrouvent avec l’idée de garder mutuellement leurs enfants. Cousine des crèches sauvages issues de Mai 68 le chat perché va vraiment se constituer comme crèche parentale en septembre 1983 après bien des péripéties en terme de démarches administratives , de recherche et de réparation de locaux .Nous sommes alors une dizaine de familles et pour mémoire chaque famille fait deux permanences par semaine auxquelles s’ajoutent toutes les tâches d’intendance , de gestion et de constitution du groupe .
Le roman des origines du groupe , c’est celui d’une communauté de jeunes parents hétéroclite qui ne se connaissent pas mais qui néanmoins se retrouvent sur des idéaux forts et parfois contradictoires. Beaucoup sont engagés dans le mouvement social, ou politique . Ils constituent en gros le peuple de gauche pas encore déçu de mai 1981. Ils partagent aussi les grandes idées féministes qui prônent l’égale participation des pères et des mères aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants. Nos pères créchois font partie de ceux qu’on appelle à l’époque les nouveaux pères…Certains prennent un congé pour s’occuper des enfants , leurs parents s’émerveillent de voir leurs grands fils changer les couches de leurs bébés et prendre en charge les permanences .
Beaucoup de parents du groupe partagent aussi une vision d’un monde plus écologique respectueux de la nature et de la santé. Grâce à euxau chat perché on mange équilibré ( 5 fruits et légumes), peu de viande , pas de surgelés , pas de conserves , le soir on épluche, on coupe, on cuit des kilos d’épinards frais que les enfants détestent et on apprend à aimer les galettes de pilpil et les gâteaux sans sucre. On mange autrement mais aussi on se soigne autrement . Le chat perché version année 80 adore les petits grains homéopathiques de Boiron , n’aime pas trop les vaccinations obligatoires, et craint comme la peste les allopathes..
C’était une époque où toutes les mesures actuelles d’hygiène et de sécurité permettaient tout cela , des crèches vertes dans des locaux inadaptés…
Nous avions l’innocence et la toute puissance de la jeunesse. Aucun d’entre nous n’avait d’expérience du monde de la petite enfance. Nos théories étaient comme la plupart des parents celles transmises par nos parents ou en opposition avec les leurs ce qui revient au même. Certains d’entre nous admiraient et lisaient Françoise Dolto, notre inspiratrice en chef. Nous étions très intéressés par tout ce nouveau courant venu de la pédiatrie et des sciences humaines autour de la naissance sans violence de Frédéric Leboyer, de l’étude des compétences du bébé par Terry Brazelton…qui a fait le succès d’un documentaire phare de la télévision des années 80 Le bébé est une personne..

Il faut se souvenir de l’écart qu’il existait à l’époque entre le projet d’une crèche publique et celui d’une crèche parentale . Thermomètre à l’arrivée , parents interdits d’accéder à l’espace crèche , pas de doudous , pas de sucettes sensées être un nid de microbes, uniforme pour les filles pour les garçons etc…
Au fil des mois le collectif va de réunions en week-ends , de conflits en discussions interminables élaborer un projet pédagogique. Ah ! les réunions vraiment interminables où nous pouvions débattre des heures sur des points qui nous apparaissaient essentiels et qui à la relecture nous sembleraient si dérisoires.
Genre peut-on introduire un peu de surgelés , pour éviter le triage des 6 sacs d’épinards frais ? Faut-il ou non sucrer les yaourts ?
Quelques perles au fil des compte rendus de réunions gardées précieusement/
Réunion mensuelle du 7avril 1986 :
Le langage de la sexualité : comment appeler les parties génitales mâles et femelles . Bernadette insiste sur l’intérêt du mot sexe qui égalise les sexes, elle attire notre attention sur le terme pénis qui est réducteur ( et les bourses, testicules ?) et nous notons l’apparente pauvreté du vocabulaire pour décrire le sexe féminin
Le loup à la crèche : seulement dans les histoires , et au parc de la tête d’or sinon Ca n’existe pas et il faut le dire….Le loup ne doit pas être une menace ou un chantage.
Dernier point de ce compte rendu : Y’en a marre des consignes qu’on répète tous les jours sans cesse : linge propre et couches en nombre suffisant dans les casiers et en ordre, linge de toilette et lits faits le lundi matin , mettre des chansons aux enfants pour qu’ils s’endorment…etc…
Donc avec nos petits moyens , notre imagination , l’attention porté à l’éducation de nos chers petits nous avons développé quelques idées originales en 83 et qui aujourd’hui sont simplement banales et appliquées dans tous les lieux de la petite enfance. Merci encore à FDolto , Montessori, Bettelheim, Epstein , Montagnier
Première idée : la socialisation en douceur . Elle est tout ce qui permet à l’enfant de se séparer avec tranquillité et joie de ses chers bras parentaux.Elle englobe tout un ensemble d’activités qui respectent les besoins fondamentaux du bébé et son éveil psychomoteur. C’est le respect des rythmes du bébé, la continuité des soins et des liens avec les adultes , en particulier avec les salariées.
Deuxième idée : le bébé est une personne. C’est un sujet qui ressent, qui s’exprime, qui écoute, qui a son langage. Tout l’environnement doit favoriser l’individuation de l’enfant et la prise de conscience de son environnement.
Troisième idée : l’apprentissage de l’autonomie . La crèche doit favoriser chez l’enfant le désir de faire seul. A l’époque c’est l’expérience éducative de l’orphelinat de Lockzy qui nous inspire. Le temps qui est consacré aux bébés par les puéricultrices est limité mais d’une rare qualité , d’une complète disponibilité. Tandis que l’éducatrice s’occupe d’une enfant avec cette particulière attention elle peut s’adresser par quelques mots à celui qui pleure en lui demandant doucement d’attendre son tour. Au chat perché l’enfant grandit à son rythme . On ne l’assied pas tant qu’il ne s’assied pas tout seul…ça a suscité bien des débats. On se souvient de l’enfant de 9 mois qui ne voulait pas s’asseoir sans y être encouragé..
Quatrième idée : un lieu de paroles et d’écoute. Toute l’attention est donnée à écouter, observer, à verbaliser les émotions , les tensions, les conflits. Verbaliser signifiant dire avec des mots simples et rassurants ce qui peut être source d’inquiétudes, le départ du parent , la naissance d’un puiné, le conflit avec un autre enfant.
Mais parler , verbaliser c’est aussi pour les parents, la crèche est un lieu pour rencontrer leur enfant et d’autres enfants, passer du temps avec eux, un lieu pour partager l’éducation de leurs enfants avec d’autres parents, d’autres adultes professionnels.
En ce sens la psychiatre que je suis est convaincue que la crèche parentale est un vrai lieu de prévention des troubles de la relation enfants parents.
Mais le vivre ensemble c’est aussi dans une crèche parentale une tâche complexe
Voir son enfant sous le regard d’un autre adulte qui va en dire quelque chose, entendre parler de lui, à la crèche , en réunion
S’occuper d’autres enfants quand son propre enfant accepte mal le partage des bras
Etre une sorte de coéducateur de jeune enfant n’est pas une mission qui s’improvise facilement.
Accepter le compromis entre ces propres idéaux ou exigences éducatives et celle du projet collectif
Vivre ensemble c’est aussi s’intégrer à une communauté déjà existante, qui a son projet et ses règles
Accepter un engagement important pour ce qui peut apparaitre au départ qu’une solution de garde collective faute d’autres moyens disponibles. L’engagement parental au cours des 5 premières années représentaient presque une cinquantaine d’heures mensuelles , une à deux permanences par semaines soit entre 6 et 12 heures par semaine, deux réunions mensuelles de 3 à 5 heures chacune, un grand ménage hebdomadaire , deux grands week-ends de ménage et entretien, une responsabilité associative plus ou moins importante, une participation à une commission…c’était un sacré boulot
Alors 30 ans après qu’est ce qu’il me reste , qu’est ce qu’il nous reste après tout ce temps , le temps pour certains d’entre nous d’être grands-parents .
Nous sommes amis , très amis , hommes et femmes avec qui nous partageons toujours bonheurs, fêtes, mariages, naissances, petits enfants, baccalauréats, voyages, deuils, divorces, maladies, déménagements, vacances , réveillons, bons vins ,tisanes, palabres, discussions, politique, etc , les créchois , les copains de la crèche comme nous nous dénommons pour ceux qui n’en sont pas et qui bien sur ne comprennent pas vraiment , les crèchois, une secte, un club, les habitants d’un village, des villageois c’est un peu ça. IL y a les soirées de créchois , les soirées de créchoises, les soirées mixtes un peu moins avec les aléas de la vie.
Nous avons des enfants adultes , parents à leur tour pour lesquels et pour tous nous gardons une curiosité et une attention attendrie. Nous les aimons, nous aimons les revoir, avoir de leurs nouvelles, connaitre leurs enfants. Ils sont restés amis , ils se connectent , ils facebookent, ils twitent de Berlin en Amérique, de Lilles à Madagascar , de Lyon à Paris , de Nimes à Hossgor.
Nous avons gardé le souvenir d’un engagement fort, de réunions passionnées où nous avons appris à observer et à respecter nos enfants, l’intérêt pour la parole vraie , l’intérêt pour la vie de chacun , la compréhension et l’indulgence de fonctionnement différent.
Nous n’oublions pas les fous rires , les jeux de société , l’inénarrable pictionnary groupal, les jeux de mime jusqu’à pas d’heure dans la drome ou dans le Var où les bébés de la crèche puis les ados ont passé des vacances plus proches de la colo que des vacances en famille.
Enfin nous nous réjouissons que la crèche existe toujours ,avec sans aucun doute le même esprit de joyeuse expérimentation."


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